Pourquoi j’ai milité pour que mon église signe le Traité sur les combustibles fossiles

10 mai, 2026

Je suis maman de deux adolescents. J’adore faire du canoë, jardiner et passer du temps en forêt. Depuis trois ans, j’occupe le poste de coordinatrice de l’action climatique au sein de l’Église mennonite du Canada (‘MCM’, pour ‘Mennonite Church of Canada’ en anglais).

Comme beaucoup d’entre vous le savent – sans doute depuis bien plus longtemps que moi -, travailler sur les questions climatiques, c’est garder les yeux ouverts, et cela peut être épuisant. Je me sens souvent submergée par l’ampleur de la tâche. Il est facile de se décourager et de se demander en quoi mes modestes efforts peuvent bien faire une différence.

Ce qui m’aide à alléger ce fardeau, ce n’est pas de m’échapper avec une série télévisée (du moins, ce n’est pas une solution durable !). C’est de continuer à me mobiliser pour cette cause, avec d’autres.

L’une de mes justicières préférés, Sarah Augustine, dit : « Comment allons-nous arrêter ce train lancé à toute vitesse ? Ensemble, ou pas du tout. »

Je suis convaincue qu’elle a raison. Nos actions individuelles sont importantes : elles façonnent qui nous sommes, elles témoignent de nos convictions, et si nous faisons bien notre travail à notre échelle, on peut espérer un effet d’entraînement et un impact plus large. Mais c’est l’union qui fait la force. L’action collective est source d’énergie. Et dans ce long et lent travail mondial visant à faire bouger les lignes pour mettre fin à l’exploitation et à la dépendance aux énergies fossiles, il y a un impact.

Un exemple illustrant une étape clef de ce lent travail : il y a quelques années, Tzeporah Berman, en collaboration avec d’autres militants pour le climat, a lancé une initiative visant à établir un accord mondial pour mettre fin à l’extraction et à l’utilisation des combustibles fossiles. Ils l’ont baptisé « Traité de non-prolifération des combustibles fossiles » (‘FFNPT’ pour ‘Fossil Fuel Non Proliferation Treaty’ en anglais). Pour vous faire une idée de ce dont il s’agit, vous pouvez consulte la brève explication de Kairos ici (en anglais) :  https://kairoscanada.org/what-we-do/ecological-justice/fossil-fuel-non-proliferation-treaty

En 2026, cette initiative de traité est soutenue par plus d’un million de signatures.

Quel est son impact ? Jusqu’à présent, le monde n’a pas mis fin à l’utilisation et à l’extraction des combustibles fossiles. Mais le mouvement prend de l’ampleur. Des centaines de milliers de personnes, d’organisations, de responsables politiques, d’institutions religieuses et de nombreux pays prennent cet appel au sérieux et font pression pour sa mise en œuvre.

Il ne s’agit pas d’une campagne, mais d’un travail de longue haleine qui s’étendra sur plusieurs générations, visant un changement profond des systèmes.

Mais voici le fond du problème : ajouter nos voix à cet appel est en soi une action significative. Voici mon histoire concernant le Traité.

2021 – Mennonite Church Manitoba (MCM) – Climate Action Working Group (CAWG)

En 2021, au sein de la MCM, j’ai rejoint un Groupe de travail pour agir sur le climat (‘CAWG’ pour ‘Climate Action Working Group’ en anglais ). Après que ce CAWG eut pris connaissance de cette initiative de traité (FFNPT), nous avons demandé à la MCM de signer la lettre ouverte de soutien des communautés religieuses. Cela n’a pas été simple. Voici ce qui s’est passé :

  • Au printemps 2023, le CAWG a officiellement demandé au conseil d’administration de la MCM de signer cette lettre ouverte. Celui-ci a refusé, mais nous a invités à nous rendre dans les églises pour entamer le débat avec elles.
  • Le CAWG a rencontré le conseil d’administration pour clarifier ce que cela signifiait.
  • À l’automne 2023, le CAWG a rédigé une résolution destinée à être présentée lors de la session annuelle des délégués de la MCM en mars 2024.
  • À l’hiver 2023, cette résolution a été transmise aux églises pour être discutée, leur proposant d’inviter un membre du CAWG pour une conversation. Le message comprenait cette vidéo (en anglais) https://youtu.be/-OKlllt9Iyw
  • Entre l’automne 2023 et mars 2024, le CAWG a proposé de se rendre dans les églises par le biais d’annonces, d’appels et d’invitations.
  • Le CAWG s’est rendu en personne dans 8 églises, proposant des sermons, des cours de catéchisme et des discussions.
  • En mars 2024, le CAWG a animé des petits groupes de discussion sur le sujet lors de l’Assemblée annuelle des délégués. Les délégués ont voté en faveur de la résolution (2 contre) pour signer la lettre de soutien au FFNPT.
  • Le CAWG a envoyé une lettre de suivi à toutes les églises de la région.
  • Après le vote, nous avons été discuter avec l’une des deux églises qui avaient voté contre. La conversation a été fructueuse et nous avons partagé un repas.
  • Le CAWG continue d’encourager le dialogue, et de nombreuses personnes supplémentaires connaissent désormais le FFNPT.

 

Notre signature n’a pas suffi à faire entrer le Traité en vigueur à l’échelle mondiale, mais le processus que nous avons suivi nous a marqués à bien des égards. Nous avons gagné en patience et en compréhension ; nous avons tissé des liens de confiance au sein des congrégations ; nous avons ajouté notre voix à cette longue liste de responsables religieux et de groupes confessionnels.

Et quand je me souviens que chacun de ces groupes œuvre dans son propre domaine, tout comme nous – et que chaque signataire dans toutes les autres catégories (élus, institutions de santé, 101 lauréats du prix Nobel, organisations de la société civile, universitaires et scientifiques, jeunes leaders et particuliers, sans parler de pays entiers !) travaille également d’arrache-pied dans son domaine, je réalise que nous sommes en bonne compagnie pour mener à bien ce long travail. Cela en vaut la peine.

Pour l’amour de nos enfants, et pour l’amour de la Création.

Par Sandy Plett