La Journée de la Terre nous invite à faire une pause et à réfléchir à notre relation avec la création : comment nous en prenons soin, comment elle nous façonne et comment nous répondons à l’urgence croissante de la crise climatique.
Dans le cadre de mes fonctions au sein de KAIROS Canada et en tant que membre du comité de coordination de « Pour l’amour de la création », j’entre en lien avec des congrégations et les communautés religieuses au sujet de la protection de la création. Ce travail consiste notamment à discerner où des actions peuvent être menées en faveur de la justice écologique et climatique. Une question revient sans cesse : les actions individuelles ont-elles vraiment de l’importance face à un problème aussi vaste et systémique ?
C’est une question légitime. Nous sommes nombreux à avoir ressenti cette tension – à nous demander quelle différence nos choix peuvent bien faire alors que les grandes entreprises et les plus riches d’entre nous consomment des ressources à une échelle vertigineuse. Cela peut sembler décourageant, voire paralysant. Pourquoi se donner la peine de changer nos habitudes alors que le problème semble tellement plus grand que nous ?
Notre foi nous raconte une autre histoire.
Nous ne sommes pas appelés à prendre soin de la création parce que c’est facile ou parce que cela mènera à des résultats rapides et mesurables. Nous sommes appelés à le faire parce que nous faisons partie de la création – nous n’en sommes pas séparés. La terre n’est pas une simple toile de fond de nos vies ; c’est un don sacré et nous sommes en relation avec elle. Comme toute relation, elle requiert soin, attention et amour.
Une gestion adaptée ne repose ni sur la perfection ni sur de grands gestes. Elle repose sur la constance. Il s’agit d’être présent, encore et encore, avec humilité et détermination. On ne nous demande pas de tout régler, on nous demande plutôt d’être fidèles à quelque chose, d’être spirituels pour guider notre action.
Cet équilibre entre responsabilité personnelle et changement systémique est au cœur de « Pour l’amour de la création ». Les deux sont indispensables. Les actions individuelles, bien qu’apparemment modestes, ne sont pas insignifiantes. Ce sont des graines, elles sont l’expression d’un autre mode de vie fondé sur la réciprocité plutôt que sur l’exploitation.
Et les graines comptent.
Elles comptent non seulement parce qu’elles façonnent nos propres vies mais aussi parce qu’elles contribuent à créer les conditions d’une transformation plus large. Les systèmes ne changent pas de manière isolée. Ils évoluent lorsqu’il y a un élan de la volonté publique, lorsque les communautés commencent à imaginer et à incarner des alternatives.
C’est ce qui m’est revenu à l’esprit récemment, alors que j’assistais à l’une des étapes de la tournée « Stronger Together » animée par David Suzuki et Tara Cullis. Cette tournée s’inspire d’une initiative finlandaise, dans le cadre de laquelle le gouvernement a envoyé des lettres à chaque foyer pour les informer de la fréquence croissante des phénomènes météorologiques extrêmes. Le message était simple mais profond : même si les gouvernements élaborent des plans, ils ne sont pas toujours en mesure d’atteindre la population à temps en cas de crise. Les communautés doivent elles aussi se préparer.

Et la préparation, dans ce cas, commence par les liens.
Connaissons-nous nos voisins ? Savons-nous qui pourrait avoir besoin d’aide en cas d’urgence ? Qui dispose d’outils, de compétences ou de ressources à partager ? Ces questions renvoient à une vérité plus profonde : la résilience trouve ses racines dans les relations.
Pour les communautés religieuses, c’est un terrain familier. Se rassembler, s’écouter et prendre soin les uns des autres est déjà au cœur de notre identité. Mais en ce moment, cela prend une importance renouvelée.
La conversation elle-même devient une œuvre sacrée.
Lorsque nous écoutons attentivement, nous favorisons la compréhension. Lorsque nous engageons un dialogue sincère, nous renforçons notre courage. Et lorsque nous nous rassemblons – malgré l’incertitude ou la peur – nous commençons à imaginer ce qui est possible, non pas seuls, mais ensemble.
Si vous ne connaissez pas encore les « Conversations spirituelles sur le climat » de « Pour l’amour de la création », je vous encourage à les découvrir et à voir où vous pourriez susciter des conversations au sein de votre communauté.
À une époque marquée par l’angoisse climatique et le sentiment d’être dépassé, cela a son importance. Nous n’avons pas besoin d’avoir toutes les réponses avant de commencer. Nous avons besoin les uns des autres.
Le Jour de la Terre est souvent considéré comme un moment d’action – et c’est le cas. Mais c’est aussi un moment de reconnexion. Les uns aux autres. À la Création. Aux valeurs qui nous ancrent.
Car la transformation ne commence pas par la certitude. Elle commence lorsque les gens se rassemblent, écoutent et font un premier pas en avant, une action concrète nourrie de spiritualité – ensemble.
Par Beth Lorimer, Coordinatrice du programme de justice écologique, KAIROS Canada
