Le Canada tient un grand discours, mais faisons-nous vraiment preuve de leadership?

5 novembre, 2021

Je suis un nerd d’un genre particulier pour qui les élections, les annonces du budget fédéral et les négociations internationales sont extrêmement excitantes. Le fait que ce soit toujours le cas après tant d’années d’attentes déçues témoigne de mon profond optimisme.

Cinq jours après le début de la COP26, la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, je suis à la fois profondément optimiste (confiant même) que nous allons collectivement relever le défi de la crise climatique, et profondément frustré par le décalage entre ce qui est dit – en particulier par le gouvernement du Canada – et ce qui est fait.

Deux leçons très importantes se dégagent de cette tension.

Tout d’abord, la langue a une grande importance.

En tant que citoyens, nous avons la responsabilité d’être attentifs, de faire preuve d’esprit critique et d’aller au-delà des gros titres. Si nous devions fonder notre évaluation du bilan du Canada en matière d’action climatique sur les communiqués de presse du premier ministre, il serait juste de croire que nous sommes en mode d’urgence et que notre gouvernement fédéral fait tout ce qui est en son pouvoir pour résoudre la crise climatique. Ce n’est tout simplement pas vrai.

Deux annonces clés du Canada à la COP26 le prouvent.

La première a eu lieu lundi, lorsque le premier ministre Trudeau a déclaré que “le Canada est le premier grand pays producteur de pétrole à s’engager à plafonner et à réduire la pollution provenant du secteur pétrolier et gazier à un niveau net zéro d’ici 2050”. Pour être clair, ils n’ont pas annoncé un plafond, ils ont plutôt ré-annoncé leur plan pour fixer un plafond. C’est peut-être une bonne nouvelle. Mais seulement s’ils ne suivent pas la même voie qu’en 2016 lorsque, dans le cadre du Cadre pancanadien sur la croissance propre et le changement climatique, les émissions du secteur des sables bitumineux ont été plafonnées à 100 mégatonnes(mt)/an, soit près de 30 mt de plus que les émissions des sables bitumineux à l’époque.

La seconde est survenue ce matin lorsque le Canada s’est joint à plusieurs autres pays pour s’engager à “mettre fin au financement public international des combustibles fossiles” d’ici la fin de 2022. La clé de cette déclaration est le mot “international”. Il ne s’agit pas de mettre fin au financement public ou aux subventions des combustibles fossiles au Canada (malgré des engagements remontant à 2009), mais simplement de ne plus financer les combustibles fossiles des autres pays. Un progrès? Oui. Du leadership? Pas du tout.

La deuxième leçon est que les relations sont importantes, les communautés sont importantes, et c’est grâce à ces relations que nous parviendrons à la justice climatique.

Dans la multitude d’événements qui se déroulent autour des négociations de Glasgow, nous découvrons des collaborations locales de jeunes, de peuples indigènes et de personnes de foi qui font la différence de manière tangible.

Aujourd’hui, j’ai découvert l’énorme travail d’Indigenous Clean Energy (ICE), une entreprise sociale d’Ottawa dirigée par des Autochtones et axée sur la collaboration et le renforcement des capacités pour un avenir énergétique propre. J’ai quitté la séance avec un sentiment de satisfaction et d’encouragement. Pourquoi? Parce qu’il est clair que ICE fait une différence tangible dans la réduction des émissions et le renforcement du pouvoir de la communauté en soutenant la transition vers l’énergie propre. Et parce que je sais qu’il ne s’agit là que d’une initiative parmi tant d’autres mises en œuvre au Canada et dans le monde par des personnes animées par l’amour du monde créé et la poursuite de la justice.

L’importance des relations a été renforcée d’abord pendant la pause-café de notre délégation, lorsque nous nous sommes réunis en communauté pour partager, écouter, déplorer, encourager et prier, puis à nouveau pendant notre participation à l’atelier COP 26: Climate Justice Now de l’Église unie du Canada. Au cours de cette session, des personnes de tout le pays et de toutes les générations se sont réunies pour en savoir plus sur la COP26, pour connaître les activités de notre délégation et pour explorer comment, en tant que personnes de foi, nous pouvons renforcer notre pouvoir pour relever le défi climatique. L’amour, la joie et l’espoir qui ont été partagés étaient palpables et puissants. Nous ne sommes pas seuls. Nous vivons dans le monde de Dieu.

Il y a tant de façons de contribuer au changement dont nous avons besoin. J’encourage tout le monde à discerner avec soin comment utiliser au mieux ses dons de manière à la fois utile et épanouissante. Pour ma part, je continuerai à prêter une attention particulière à ce que disent nos dirigeants politiques et à évaluer soigneusement dans quelle mesure cela correspond (ou non) à ce qu’ils font. Lorsqu’il y a un fossé, je le nommerai et j’appellerai à un véritable leadership, avec enthousiasme et gratitude, sachant que je le fais dans le cadre d’une communauté forte, compatissante et pleine d’espoir.

 

Karri Munn-Venn, analyste principale des politiques pour Citoyens pour la justice publique et l’animateur de plaidoyer de Pour l’amour de la Création, est membre de la délégation virtuelle conjointe de l’Église unie du Canada et de Pour l’amour de la Création à COP26, la conférence des Nations Unies sur le changement climatique.
Vous pouvez suivre la délégation #UCCanCOP26 et #FLCCOP26 et consulter ici les réflexions personnelles des délégués dans les jours à venir.